La validation et la vérification d’une méthode analytique : quelle différence?

La validation et la vérification d’une méthode analytique sont deux démarches essentielles pour démontrer qu’une méthode produit des résultats fiables et adaptés à l’usage prévu. Pourtant, ces termes sont encore fréquemment confondus dans les laboratoires d’essais. La distinction est particulièrement importante dans un système de management conforme à l’ISO/IEC 17025, notamment lorsqu’un laboratoire introduit une méthode normalisée, modifie une méthode existante ou développe sa propre méthode.
Sommaire
Qu’est-ce que la validation d’une méthode analytique?
La validation consiste à démontrer, au moyen de preuves objectives et de données expérimentales, qu’une méthode possède les performances nécessaires pour son usage prévu.
Selon l’approche Eurachem, il ne suffit donc pas de démontrer qu'une méthode « fonctionne ». Il faut établir les exigences analytiques correspondant au problème à résoudre, évaluer les performances de la méthode et déterminer si celles-ci permettent effectivement de satisfaire ces exigences.
Une validation complète devient particulièrement pertinente lorsqu’un laboratoire :
développe une méthode interne;
utilise une méthode non normalisée;
modifie substantiellement une méthode publiée;
applique une méthode validée à un domaine qui n’était pas couvert par sa validation initiale;
doit démontrer que les performances obtenues répondent à un nouvel usage analytique.
La validation doit donc être considérée comme une démonstration documentée de l’aptitude à l’emploi (fitness for purpose).
Qu’est-ce que la vérification d’une méthode analytique?
La vérification intervient généralement lorsqu’une méthode a déjà fait l’objet d’une validation appropriée, par exemple une méthode normalisée ou une méthode reconnue provenant d’une autre organisation.
Le laboratoire n’a alors pas nécessairement à refaire toute la validation originale. Il doit toutefois démontrer qu’il est capable d’obtenir, dans ses propres conditions, des performances compatibles avec celles requises.
La FDA définit ainsi la vérification d’une méthode comme le processus permettant de démontrer qu’un laboratoire est capable de reproduire une méthode validée avec un niveau de performance acceptable.
Autrement dit :
Validation : « Cette méthode est-elle adaptée à l’usage prévu? »
Vérification : « Notre laboratoire est-il capable d’utiliser correctement cette méthode et d’atteindre les performances requises? »
Validation et vérification d’une méthode analytique : la différence essentielle
La différence repose principalement sur le statut préalable de la méthode et l’étendue des preuves à produire.
Situation | Démarche généralement appropriée |
Nouvelle méthode développée au laboratoire | Validation |
Méthode interne non normalisée | Validation |
Méthode normalisée utilisée conformément à son domaine d’application | Vérification |
Méthode commerciale déjà validée | Vérification de l’aptitude du laboratoire |
Modification importante d’une méthode validée | Validation ou validation complémentaire |
Extension à une nouvelle matrice ou à un nouvel analyte | Évaluation du changement et validation complémentaire selon son impact |
Le point fondamental est que l’existence d’une méthode publiée ou normalisée ne dispense pas le laboratoire de démontrer qu’il peut l’appliquer adéquatement. Eurachem souligne précisément qu’un laboratoire adoptant une procédure déjà validée doit tout de même confirmer sa capacité à l'appliquer.
Quels paramètres de performance faut-il évaluer?
L’étendue des travaux dépend de la méthode, de son utilisation, de la matrice et du risque associé aux résultats.
Pour une méthode quantitative, les caractéristiques susceptibles d’être étudiées comprennent notamment :
la sélectivité ou spécificité;
la limite de détection (LOD);
la limite de quantification (LOQ);
l’intervalle de travail;
la sensibilité analytique;
la justesse et le biais;
le taux de récupération;
la répétabilité;
la sensibilité;
la précision intermédiaire;
la reproductibilité;
la robustesse.
Pour les méthodes qualitatives, d’autres caractéristiques telles que la concentration seuil, la sensibilité diagnostique et la spécificité diagnostique peuvent devenir pertinentes.
Il n’est donc pas scientifiquement justifié d’appliquer automatiquement le même protocole de validation à toutes les méthodes. Les caractéristiques sélectionnées et leurs critères d’acceptation devraient être établis avant l'étude, en fonction de l’usage prévu. Eurachem recommande notamment de définir les performances recherchées, les matériaux utilisés, le nombre de répétitions, l’analyse statistique et les critères permettant de conclure à l’aptitude à l’emploi.
Quand faut-il valider ou vérifier une méthode?
Prenons un exemple concret en laboratoire agroalimentaire.
Un laboratoire souhaite introduire une méthode normalisée reconnue pour déterminer un contaminant dans une matrice alimentaire prévue dans le domaine d’application de la méthode. Une vérification ciblée des performances obtenues localement pourra généralement être appropriée.
En revanche, si le laboratoire adapte profondément cette méthode à une matrice très différente, modifie l’extraction, change substantiellement les conditions instrumentales ou étend l'utilisation au-delà du domaine validé, une simple vérification pourrait devenir insuffisante.
L’ampleur des travaux doit alors être déterminée en fonction de la nature des modifications et de leur incidence potentielle sur les performances analytiques.
Pourquoi cette distinction est-elle importante sous ISO/IEC 17025?
Pour un laboratoire accrédité, la question n’est pas uniquement terminologique. Une validation ou une vérification inadéquate peut remettre en question la capacité du laboratoire à démontrer la validité de ses résultats.
Un dossier robuste devrait permettre de retracer notamment :
besoin analytique → exigences de performance → protocole expérimental → résultats → analyse statistique → critères d’acceptation → conclusion sur l’aptitude à l’emploi.
Cette approche facilite également la défense scientifique du dossier lors d’un audit d’accréditation, d’une inspection réglementaire, d’une investigation concernant un résultat ou d’une contestation par un client.
Conclusion
La validation et la vérification d’une méthode analytique poursuivent un objectif commun : produire des résultats suffisamment fiables pour permettre une décision éclairée. Elles ne répondent toutefois pas exactement à la même question.
La validation démontre principalement que la méthode est apte à l’usage prévu, tandis que la vérification confirme que le laboratoire peut atteindre les performances nécessaires avec une méthode déjà validée.
Une stratégie correctement établie évite ainsi deux erreurs fréquentes : réaliser une validation complète inutilement coûteuse lorsqu’une vérification serait suffisante, ou, à l’inverse, effectuer une vérification trop limitée alors que les modifications apportées nécessiteraient une validation plus approfondie.
Pour les laboratoires agroalimentaires et autres laboratoires d’essais, MMNA Consultants peut accompagner la mise en place de protocoles de validation et de vérification, l’analyse statistique des performances, l’analyse d’écart et la préparation documentaire en vue d’une accréditation ou d’un audit ISO/IEC 17025.
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